—Tu pleures, mon gars? lui dit le pêcheur d'une voix douce.

—Oui, père, répondit l'enfant.

—Et à cause de quoi pleures-tu?

—A cause de ce que m'a dit le médecin.

—Le médecin est un bon matelot qui a bien fait de me larguer la vérité. Vois-tu, mon gars, je file ma dernière écoute. Je suis comme un vieux navire qui chasse sur son ancre de miséricorde... Dans quelques heures je vais m'en aller à la dérive et courir vers le bon Dieu sous ma voile de fortune. Ne t'afflige pas comme ça, mon gars! Je n'ai jamais fait de mal à personne; ma conscience est nette comme la patente d'un caboteur, et quand la mort va venir me jeter le grappin sur la carcasse, je ne refuserai pas l'abordage. La bonne sainte Vierge et sainte Anne d'Auray me conduiront aux pieds du Seigneur, et, comme j'ai toujours été bon matelot et bon Breton, le paradis me sera ouvert... Sois donc tranquille et ne t'occupe plus de moi!...

Marcof pleurait sans répondre. Le pêcheur se reposa pendant quelques secondes, et reprit:

—Voyons, mon gars, quand les amis m'auront conduit au cimetière, qu'est-ce que tu feras?

—Je ne sais pas! fit l'enfant en sanglotant.

—Dame! mon gars, nous ne sommes point riches ni l'un ni l'autre. J'ai bien encore, dans un vieux sabot enterré sous le foyer une dizaine de louis; mais ça ne peut te mettre à même de vivre longtemps... Tu n'es pas encore assez fort pour conduire seul une barque de pêche! Et pourtant, avant de m'en aller, je voudrais te savoir à l'abri du besoin, car je t'aime, moi...

—Et moi aussi, père, je vous aime de toutes mes forces!... répondit Marcof en embrassant le mourant.