—J'ai trois sequins dans ma bourse; je t'en donnerai deux pour le passage.
—Embarquez alors.
La traversée fut courte et heureuse. En touchant à Catane, Marcof conduisit sa compagne dans une auberge et s'informa d'un médecin. On lui indiqua le meilleur docteur de la ville. Marcof le pria de venir visiter la jeune femme, et, après une consultation longue, le médecin déclara que la pauvre enfant était folle, et qu'il fallait lui faire suivre un traitement en règle. Encore le médecin ajouta-t-il qu'il ne répondait de rien. Marcof ne possédait plus qu'un sequin. Il raconta sa triste situation au docteur.
—Mon ami, lui dit celui-ci, je ne suis pas assez riche pour soigner chez moi cette jeune femme; mais je puis vous donner une lettre pour l'un de mes confrères de Messine. Il dirige l'hôpital des fous, et il y recevra celle dont vous prenez soin si charitablement.
Marcof accepta la lettre, partit pour Messine, et, grâce à la recommandation du médecin de Catane, il vit sa protégée installée à l'hospice des aliénés. Mais le voyage terminé, il ne lui restait pas deux paoli.
—Excellent coeur! dit la religieuse en interrompant le marquis.
—Oui, Marcof est une noble nature! répondit Philippe de Loc-Ronan; c'est une âme grande et généreuse, forte dans l'adversité, toujours prête à protéger les faibles.
—Et cette jeune femme, quel était son nom?
—Marcof ne l'a jamais su; elle avait été complètement dépouillée par les bandits; rien sur elle ne pouvait indiquer son origine, et son état de santé ne lui permettait de donner aucun renseignement à cet égard. La seule remarque que fit mon frère fut que le mouchoir brodé que la pauvre folle portait à la main était marqué d'un F surmonté d'une couronne de comte.
—La revit-il?