—Jamais.
—Alors il ignore si elle a recouvré la raison.
—Il l'ignore.
—Mais, monseigneur, dit Jocelyn, cette jeune femme appartenait probablement à une puissante famille. Sa disparition et celle des cavaliers qui l'accompagnaient eussent dû être remarquées?
—J'étais à la cour à cette époque, Jocelyn, et je n'ai jamais entendu parler de ce malheur.
—C'est étrange!
—Et que devint Marcof? Que fit-il après avoir conduit sa protégée à l'hôpital des fous? demanda la religieuse.
—Il trouva à s'embarquer et revint en France. A cette époque, la guerre d'Amérique venait d'éclater. Marcof résolut d'aller combattre pour la cause de l'indépendance. C'est ici que commence la seconde partie de sa vie; mais cette seconde partie est tellement liée à mon existence, continua la marquis, que je vais cesser de lire, chère Julie, et que je vous raconterai.
Le marquis se recueillit quelques instants, puis il reprit:
—Six ans après que Marcof eut quitté la Calabre, c'est-à-dire vers 1780, il y a bientôt douze années, chère Julie, et vous devez d'autant mieux vous souvenir de cette date que cette année dont je vous parle fut celle de notre séparation, je m'embarquai moi-même pour l'Amérique, où M. de La Fayette, mon ami, me fit l'accueil le plus cordial.