—Pourquoi?
—Parce que, si j'avais supposé que cet homme dont vous parlez fût mon père, cela m'eût été trop pénible.
—Et si c'était lui, et qu'il se fût repenti plus tard?
—Alors je le plaindrais.
—Et vous lui pardonneriez, n'est-ce pas?
—Lui pardonner quoi? demanda Marcof avec étonnement.
—Mais, votre abandon.
—Un fils n'a rien à pardonner à son père; car il n'a pas le droit de l'accuser. Si le mien a agi ainsi, c'est que la Providence l'a voulu. Il a dû souffrir plus tard, et j'espère que Dieu lui aura pardonné; quant à moi, je ne puis avoir, s'il n'est plus, que des larmes et des regrets pour sa mémoire.
Toute la grandeur d'âme de Marcof se révélait dans ce peu de mots. Je le quittai et revins bientôt, apportant dans mes bras le portrait de mon père; ce portrait, qui est d'une ressemblance tellement admirable que, lorsque je le contemple, il me semble que le vieillard va se détacher de son cadre et venir à moi. Je le présentai à Marcof.
—Regardez ce portrait! m'écriai-je, et dites-moi s'il ne vous rappelle aucun souvenir?