—Cette chambre est habitée, murmura le jeune homme.
—Entrons! répondit Marcof sans hésitation.
La porte résista.
—Elle est fermée en dedans! reprit Keinec.
—Mais, on dirait entendre les plaintes d'un mourant. Écoute!...
—C'est vrai!
—Eh bien! enfonçons la porte.
—Frappe!
Keinec, d'un violent coup de hache, fit sauter la serrure. La porte s'ouvrit, mais ils demeurèrent tous deux immobiles sur le seuil. Ils venaient d'apercevoir un horrible spectacle.
Cette cellule était celle dans laquelle expirait le chevalier de Tessy. Diégo, on s'en souvient peut-être, avait renversé les candélabres. Raphaël, seul et se sentant mourir, s'était traîné sur les dalles et était parvenu à allumer une bougie. Mais sa main vacillante n'avait pu achever son oeuvre. La bougie enflammée s'était renversée sur la table et avait communiqué le feu à la nappe. La flamme, brûlant lentement, avait gagné les draperies des fenêtres. Raphaël, en proie aux douleurs que lui causait le poison, se sentait étouffer par les tourbillons de fumée qui emplissaient la chambre. Dans les convulsions de son agonie, il avait renversé la table et le feu avait atteint ses vêtement. Incapable de tenter un effort pour se relever, il subissait une torture épouvantable. Ses jambes étaient couvertes d'horribles brûlures, et au moment où Marcof et Keinec pénétrèrent dans la pièce sur le plancher de laquelle il gisait, le feu gagnait son habit.