Tous trois quittèrent vivement l'abbaye. La forêt de Plogastel était proche; ils y arrivèrent rapidement en passant au milieu des embuscades royalistes. Marcof se fit reconnaître des paysans et demanda un guide pour le conduire vers le comte de La Bourdonnaie. Le chef des royalistes était assis au pied d'un chêne gigantesque situé au centre d'un vaste carrefour vers lequel rayonnaient quatre routes différentes. Debout, près de lui, appuyé sur son fusil, se tenait un homme de taille moyenne, mais dont l'extérieur décelait une force musculaire peu commune. Cet homme était M. de Boishardy.
Marcof laissa Keinec et Jahoua à quelque distance, et s'avança seul vers les deux chefs qui paraissaient plongés dans une conversation des plus attachantes et des plus sérieuses. M. de Boishardy parlait; M. de La Bourdonnaie écoutait. A la vue de Marcof, le narrateur s'interrompit pour lui tendre familièrement la main.
—Vos hommes viennent de faire des prisonniers? demanda le marin en se tournant vers le comte de La Bourdonnaie, après avoir répondu au salut amical qui lui était adressé.
—Oui, répondit le royaliste; j'ai entendu les coups do feu et le signal.
—Où sont-ils?
—On va les amener ici.
—Bien! Je les attendrai près de vous si toutefois je ne suis pas un tiers importun.
—Nullement, mon cher Marcof. Vous arrivez, au contraire, dans un moment favorable. Il n'y a pas de secret entre nous, et M. de Boishardy me rapportait des nouvelles des plus graves.
—Des nouvelles de Paris? demanda Marcof.
—Oui, répondit de Boishardy. Je les ai reçues il y a quatre heures à peine, et j'ai fait quinze lieues pour venir vous les communiquer.