—Quoi! le roi est revenu?
—Oui, dit Boishardy; mais revenu par force. Reconnu à Sainte-Menehould par le maître de postes Drouet, il a été arrêté à Varennes par les soins de Sauze, procureur de la commune, et par Rouneuf, l'aide-de-camp de Lafayette, envoyé de Paris en toute diligence.
—Le roi arrêté! dit Marcof avec une stupeur profonde.
—Oui, arrêté! et écroué le 25 dans son propre palais, interrogé comme un criminel par des commissaires de l'Assemblée, et gardé à vue ainsi que sa famille, par les soldats révolutionnaires!
Marcof laissa échapper un énergique juron, et fit craquer, par un mouvement involontaire, la batterie de sa carabine.
—Le roi, continua Boishardy, avait été ramené de Varennes par trois envoyés de l'Assemblée: Latour-Maubourg, Pétion et Barnave, qui ont voyagé dans la même voiture que la famille royale, tandis que Maldan, Valory et Dumoutier, les trois gardes-du-corps qui s'étaient dévoués pour accompagner leur prince, étaient liés et garrottés sur le siége, exposés aux injures de la populace, qui riait autour du cortége de la royale victime! Pendant ce temps, savez-vous ce que faisait le bon peuple parisien? Il arrachait les enseignes où se trouvait l'effigie, les armoiries ou seulement le nom du roi; il brisait dans tous les lieux publics le buste de Louis XVI et un piquet de cinquante lances faisait des patrouilles jusque dans le jardin des Tuilleries en portant sur une bannière: «Vivre libre ou mourir Louis XVI s'expatriant n'existe plus pour nous.»
—Mais, dit La Bourdonnaie, que fait la classe riche, la classe aisée?
—La bourgeoisie? répondit Boishardy; elle fait chauffer le four pour manger les gâteaux. Elle rit, elle plaisante; elle a adopté un nouveau jeu, celui de «l'émigrette» ou de «l'émigrant» ou de «Coblentz. C'est une espèce de roulette suspendue à un cordon qui lui donne un mouvement de va-et-vient perpétuel. «C'est une rage! Aux portes des boutiques, m'écrit-on, aux fenêtres, dans les promenades, dans les salons, à toute heure et partout, les hommes, les femmes et les enfants s'en amusent.
—Mais le roi, le roi? dit encore Marcof.
—Je vous répète qu'il est prisonnier. Tenez, voici le journal l'Ami du roi, lisez, et vous verrez qu'il ne peut tenter une nouvelle évasion: un commandant de bataillon passe la nuit dans le vestibule séparant le salon de la chambre à coucher de Marie-Antoinette. Trente-six hommes de la milice citoyenne vont monter la garde dans l'intérieur des appartements. Un égoût conduisant les eaux du château des Tuileries à la rivière doit être bouché, et on doit même murer les cheminées. Lafayette donnera dorénavant le mot d'ordre sans le recevoir du roi, et les grilles des cours et des jardins seront tenues fermées. Quant à l'Assemblée nationale, elle cumule maintenant les deux pouvoirs exécutif et délibérant.