—Ils vous ont longtemps retenu, Monseigneur…

—C'était ce vieux fou de d'Épernon… Ne s'est-il pas avisé de nous arriver du fond de la Bavière pour nous faire part d'un complot ourdi dans le but de délivrer la reine!… Comprenez-vous cela, d'Avaray! On n'a pu, malgré tant d'efforts successifs et combinés, sauver le roi mon frère, et on sauverait la reine!…

—Une telle tâche est impossible aujourd'hui, répondit le courtisan.

—J'ai essayé de le dire; mais on ne voulait pas m'entendre, et le vidame d'Épernon aurait pris en mauvaise part les efforts que j'aurais faits pour empêcher quelques braves gentilshommes d'aller périr dans une héroïque, mais folle aventure J'ai donc écouté, émis quelques conseils et donné l'approbation qu'on me demandait.

—Et vous avez bien fait, Monseigneur, M. d'Épernon est une si méchante langue…

—Ce qui m'attriste le plus, c'est qu'on jette un enfant dans cette équipée… Autant l'envoyer à la mort…

Mgr le régent fut un moment silencieux; puis, d'une voix un peu éteinte, comme s'il se parlait à lui-même, il reprit:

—Car il est évident que la reine ne peut plus être délivrée… Elle périra comme son mari; ses enfants périront avec elle; Madame Élisabeth ma soeur partagera leur sort, et, contraint d'accomplir le rigoureux devoir que m'impose ma naissance, j'aurai la douleur de monter sur un trône ensanglanté… C'est le destin, et nul n'est assez puissant pour en arrêter le cours… N'est-ce pas votre avis, cher d'Avaray?

—C'est mon avis, Monseigneur…

—Une couronne! Quel lourd fardeau dans les temps où nous sommes! continua Monseigneur en s'agitant dans son fauteuil.