M. de Guilleragues eut soudain un geste de confiance.

—Bah! nous trouverons! s'écria-t-il. Je vais chercher, et d'ici à vingt-quatre heures j'aurai trouvé.

—Où nous reverrons-nous? interrogea Valleroy au moment de se retirer avec Bernard.

—Demain, comme aujourd'hui, devant l'église de Sainte-Gudule.

Ils se séparèrent sur ces mots. La nuit, obscurcie par un brouillard épais, avait protégé l'entrée de Bernard et de Valleroy à l'hôtel de la Providence; elle protégea leur sortie. Par les rues noyées dans la brume, ils arrivèrent sans encombre à leur auberge, en dépit des patrouilles qui, jusqu'au jour, parcouraient la ville.

Le lendemain, la voiture, avec son étalage, vint, dès le matin, occuper la même place que la veille, contre un mur, en face de l'église. Seulement, cette fois, les chalands furent plus nombreux, et durant plusieurs heures les colporteurs improvisés ne surent à qui répondre. Les marchandises qu'ils offraient étaient de qualité supérieure et d'un prix modéré. On se les arrachait.

—C'est qu'ils vont vider la boutique, disait Valleroy, en encaissant la menue monnaie mêlée d'assignats, qui lui tombait de toutes parts. Si nous restons ici deux heures de plus, nous n'aurons plus rien à vendre.

Heureusement, vers midi, la foule se dispersa. Valleroy et Bernard s'empressèrent de fermer la voiture, mais ils procédaient avec lenteur, n'ayant pas encore vu venir le marquis de Guilleragues et ne voulant pas quitter la place sans avoir échangé quelques mots avec lui. Ils l'aperçurent enfin, les mains dans les poches, la tête en arrière, et son chapeau sur la nuque, les airs d'un homme qui dédaigne la terre et vit dans l'idéal. Il marcha de leur côté. En passant devant eux, il dit rapidement et à demi-voix:

—Vous vous présenterez aujourd'hui chez le colonel Jussac, commandant du bureau de police. Il est prévenu de votre visite, et, sur votre demande, il vous délivrera des passeports.

—Sans autres explications? s'écria Valleroy.