Il alla vers la porte pour s'assurer qu'elle était fermée, puis, revenant du côté des visiteurs, il reprit:

—Je sais quelles affaires vous appellent à Paris et je veux vous faciliter les moyens d'y arriver. Quoique serviteur passionné de mon pays, quoique désavouant les irréparables fautes de la noblesse, je sais me souvenir à propos que je suis gentilhomme. Je m'honore de m'associer aux efforts d'un enfant qui veut délivrer ses parents. Vous aurez vos passeports.

—Merci, mon colonel, murmura Bernard très ému.

—J'ai songé même à vous assurer, indépendamment de ces passeports, une protection plus efficace, propre à vous éviter les tracasseries des municipalités auxquelles vous aurez affaire en route. Demain, partiront de Bruxelles, sous la garde d'un détachement de troupes, des papiers saisis dans les bagages des prisonniers autrichiens et que j'ai ordre d'expédier au gouvernement. S'il vous convient de vous joindre à ce convoi, je vous recommanderai au sergent commandant l'escorte, et de cette manière vous arriverez sans encombre à votre destination.

—On pourrait même charger les papiers dans ma voiture, remarqua
Valleroy.

—Vous avez une voiture?

—Pour le transport de mes marchandises, oui, mon colonel, répondit Valleroy. Mais comme nous les avons vendues ici, en deux jours, le fourgon est vide ou c'est tout comme.

—Mais voilà qui se trouve à merveille et qui vaut mieux que des passeports. Vous serez roulier pour le compte de l'État, et à ce titre respecté partout où vous passerez. Est-ce convenu?

—C'est convenu, mon colonel. Mais comment vous exprimerons-nous notre reconnaissance?

—En me rendant à votre tour un service.