—Nous pourrions vous rendre un service, mon colonel?

—Pour arriver à Paris, vous traverserez Compiègne, continua le colonel. En avant de cette ville, sur les bords de l'Oise, se trouve un château qui m'appartient et où réside ma soeur, la chanoinesse de Jussac. Le service que j'attends de vous consiste à vous arrêter en cet endroit, à dire à ma soeur que vous m'avez vu bien portant et à lui remettre une lettre dont je vous chargerai pour elle.

—Madame votre soeur a pu demeurer dans un château, aux portes de Paris, sans être inquiétée! s'écria Bernard.

—Son histoire est celle de Mgr le duc de Penthièvre, qui a continué à résider à Sceaux. Comme lui, elle est protégée par la gratitude des habitants, par le souvenir de ses bienfaits.

—Un souvenir analogue n'a pu défendre mon père contre la haine des jacobins.

—Ils redoutaient son énergie… tandis qu'ils n'ont rien à craindre d'un vieillard, d'une femme.

—Vous pouvez être assuré que nous ferons vos commissions, mon colonel, dit alors Valleroy; mais, même après les avoir faites, nous resterons vos obligés.

—On va dresser vos passeports, reprit le colonel, et rédiger le contrat par lequel vous vous engagez à transporter, moyennant un prix convenu et que je fixe à cent livres payées d'avance, les papiers que je dois faire parvenir à Paris.

Il alla ouvrir la porte et appela un de ses officiers, auquel il donna ses ordres. Puis, avisant un sergent de grenadiers qui se tenait debout, au port d'armes, dans la place où travaillaient les secrétaires:

—Viens ici, Rigobert, lui dit-il.