Le sergent s'avança silencieux. C'était un vieux soldat, maigre et de haute taille, au visage rude, tanné, ridé, avec de petits yeux où pétillait la malice, et dont les allures automatiques et déférentes révélaient une longue habitude de la discipline et de la vie des camps.

—Je vais te charger d'une mission de confiance, mon vieux Rigobert, continua le colonel. Il s'agit de convoyer jusqu'à Paris des papiers d'État dont je te confie la garde et dont tu me réponds sur ta tête. Les caisses qui les contiennent seront chargées sur la voiture du citoyen Valleroy que voici, un bon patriote avec qui j'ai fait marché pour ce transport. L'escorte que tu commanderas se composera de cinq hommes. Tu vas les choisir toi-même parmi les bons. Vous partirez demain matin au petit jour.

—Bien, mon colonel, répondit Rigobert.

—À propos, ajouta le colonel Jussac, je te recommande le citoyen Valleroy et son neveu. Ce sont de braves gens en qui on peut avoir confiance.

Rigobert enveloppa Bernard et Valleroy d'un regard de sympathie qui signifiait que la protection de son chef les rendait sacrés à ses yeux. Puis, après avoir échangé quelques mots avec Valleroy pour s'entendre avec lui sur l'heure du départ et le chargement des papiers, il sortit. Pendant ce temps, les passeports avaient été préparés, ainsi que le contrat. Sur ce contrat, Valleroy apposa sa signature, en même temps que lui était comptée la somme stipulée pour prix de ses services. Il enferma dans sa bourse les quatre louis, en soufflant à l'oreille de Bernard:

—La protection des autorités et, par-dessus le marché, cent livres en or, décidément, M. de Guilleragues a bien travaillé.

Ils allaient se retirer; mais, à ce moment, entra dans la pièce un hussard aux vêtements en désordre et couvert de boue.

—Le colonel Jussac, demanda-t-il.

—C'est moi, répondit l'officier en s'avançant.

—J'arrive du quartier général, reprit le hussard, et j'ai ce papier à remettre à mon colonel.