Puis, après s'être assuré que Bernard ne pouvait l'entendre, il continua:

—J'ai fait autre chose encore. J'ai procuré à la dépouille mortelle de nos malheureux maîtres une sépulture décente en un endroit connu de moi seul.

—Tu as osé aller réclamer les corps, Valleroy! s'écria Kelner. Tu n'as pas craint de te compromettre?

—J'ai acheté des influences, répliqua Valleroy. Vois-tu, Kelner, avec quelques pièces d'or habilement distribuées, on peut payer bien des consciences de patriotes, car ça ne vaut pas cher. Le comte et la comtesse reposeront en terre sainte, et plus tard leurs fils pourront aller s'agenouiller sur leur tombe.

À la nuit, le P. David laissa Bernard, en lui promettant de revenir le lendemain dès le matin. Puis, après avoir échangé avec Kelner et Valleroy quelques paroles qui échappèrent à l'enfant, il se retira. Valleroy s'étendit sur un matelas auprès du lit de son maître, et celui-ci, rassuré par sa présence, s'endormit. Lorsque, le lendemain matin, il se réveilla, un spectacle étrange frappa ses yeux. Entre les croisées de la chambre, par où entrait à flots le soleil, un autel s'élevait, et, agenouillé devant un crucifix, priait le P. David revêtu d'habits sacerdotaux.

—Qu'est-ce donc? demanda Bernard à Valleroy.

Ce fut le moine qui lui répondit.

—Mon cher enfant, dit-il, j'ai pu jusqu'à ce jour, en dépit de la persécution, célébrer chaque matin le Saint Sacrifice de la messe. Aujourd'hui, j'ai tenu à le célébrer ici pour le repos de l'âme de vos parents, et j'ai pensé qu'il vous serait doux d'implorer pour eux avec moi la miséricorde divine.

Bernard éclata en sanglots.

—Merci, mon Père, murmura-t-il.