—Je vous reconnais, dit spontanément le comte Mathieu de Morfontaine à
Bernard et à Valleroy, en leur tendant la main.
Il retint celle de Bernard dans les siennes et continua:
—Je compatis à votre malheur, mon cher chevalier. J'ai vu vos héroïques parents gravir leur calvaire. J'ai pensé à vous, à votre frère, mon ami Armand de Malincourt, et je me suis associé à vos larmes. J'espère que vous puiserez dans votre infortune le courage qui vous est nécessaire aujourd'hui.
Quoique en proie à une cruelle émotion, Bernard se redressa.
—J'aurai ce courage. Monsieur, répondit-il. Mais vous parliez de mon frère. L'avez-vous vu? Savez-vous ce qu'il est devenu?
—Nous étions à Verdun la dernière fois que je l'ai embrassé. Il partait pour Londres où l'envoyait Mgr le comte d'Artois. Depuis, on m'a dit qu'il était allé en Russie et je ne sais rien de plus.
—C'est donc comme moi, soupira Bernard. Où est-il, mon frère, où est-il? Il m'eût été si doux de le revoir après ces jours de détresse et d'horreur… Mais ce n'est pas pour pleurer que je suis ici, reprit-il. Ne songeons qu'à ce qui doit faire l'objet de notre entretien. Valleroy et moi sommes envoyés vers vous par le marquis de Guilleragues pour vous communiquer ses instructions et recevoir les vôtres.
—C'est que l'endroit n'est guère propice pour un si grave entretien, objecta M. de Morfontaine.
—Pourquoi pas? demanda Grignan. Tant qu'il n'entrera pas de clients, on peut causer ici en liberté, avec la certitude de n'être pas entendu.
—Eh bien, soit! Parlez d'abord, Monsieur le chevalier.