—J'ai à vous transmettre en premier lieu l'exposé du plan d'évasion, tel que l'a dressé le marquis de Guilleragues, rectifié le vidame d'Épernon, et approuvé Monsieur, comte de Provence, frère du roi. Pour ne rien oublier de cet important document, je l'ai appris par coeur. Je l'ai récité à M. de Guilleragues à Bruxelles, et je vais vous le réciter à vous-mêmes.
D'une voix lente et grave, Bernard s'exécuta. En l'écoutant, M. de Morfontaine ne savait ce qu'il devait le plus admirer des habiles dispositions prises par l'inventeur de ce projet d'évasion ou de la fidélité avec laquelle les lui révélait le jeune messager de M. d'Épernon.
—Je n'ai rien à objecter, dit-il quand ce fut fini. Tout est prévu et je ne saurais rien faire de mieux que de me conformer aux ordres que vous m'apportez.
—Nous devons vous en communiquer un autre, dit alors Valleroy. Vous êtes invité à vous trouver tous les soirs à 8 heures, à partir du 5 avril, dans le parc de la Folie d'Épernon, à Gennevilliers, jusqu'à ce que vous y ayez vu la personne qui doit vous y rejoindre.
—À partir du 5 avril j'y serai. Grâce à Grignan et au sauf-conduit qu'il m'a fait délivrer à la section, je peux aller librement de Paris à Gennevilliers et de Gennevilliers à Paris. J'en ai profité déjà pour me procurer la voiture et les chevaux qui conduiront la famille royale à Dieppe, et pour les cacher dans les écuries de cette propriété, aujourd'hui délaissée.
—Alors, il ne nous reste plus qu'à recevoir vos instructions, continua
Valleroy.
—Vous les recevrez en temps opportun. Au dernier moment, il sera nécessaire que le plan d'évasion soit communiqué à la reine. C'est au chevalier, puisqu'il en est le dépositaire, qu'incombera cette mission.
—Je verrai Sa Majesté! s'écria Bernard.
—C'est moi qui te conduirai auprès d'elle, mon enfant, répondit Grignan. Tu auras soin de caser dans ta mémoire tout ce que tu devras lui dire, car, grâce à mes arrangements, tu seras seul en sa présence pendant quelques minutes, et il importe de profiter d'une occasion qui ne se représentera plus.
—Je tâcherai de ne rien oublier.