—Comment la famille royale sortira-t-elle du Temple?

Grignan se recueillit avant de répondre. Puis il dit:

—Dans trois jours, je serai de garde à la prison pour vingt-quatre heures; à partir de 9 heures du soir, et en même temps que moi, cinq camarades sur lesquels on peut compter. En prenant la faction à la porte de la reine, je la préviendrai que tout doit s'effectuer dans la soirée du lendemain. Le lendemain, j'introduirai auprès d'elle le jeune citoyen Bernard qui lui récitera l'exposé du plan d'évasion que vous connaissez.

—Mais comment entrerai-je au Temple? interrompit Bernard.

—Tu le sauras au moment voulu, petit, reprit Grignan. Après t'avoir entendu, la reine, mise, par les instructions que tu lui portes, au courant de ce qu'elle doit faire, se tiendra prête ainsi que son fils, sa fille et sa belle-soeur. À la nuit, mes camarades et moi nous souperons. Il y aura, ce soir-là, sous un prétexte quelconque, abondance de vin d'Aï, et quiconque nous paraîtra suspect sera impitoyablement grisé.

—Même les deux officiers municipaux de service? demanda M. de
Morfontaine.

—L'un d'eux conspire avec nous. L'autre roulera sous la table. Pendant ce temps, la reine et sa belle-soeur endosseront l'uniforme de garde national, et quand on viendra relever la garde, à l'heure où d'ordinaire elles sont couchées, elles se mettront dans le rang et sortiront l'arme au bras, en réglant leur pas sur le nôtre.

—Mais le jeune roi et Madame Royale?

—Ils marcheront au milieu de nous. Ils sont de petite taille, et, à la faveur de la nuit, ils passeront inaperçus. D'ailleurs, le guichetier fermera les yeux.

Grignan débitait ces choses avec placidité, sans paraître se douter que son obscur et généreux héroïsme pouvait avoir la mort pour récompense. Mais, quand il eut fini, il crut discerner, à l'attitude de ses auditeurs, que l'audace de son plan excitait leur incrédulité en même temps que leur admiration.