—Ayez confiance, Messieurs, ajouta-t-il d'un accent solennel. Vous m'avez demandé de faire sortir du Temple la famille royale. J'ai tout calculé, tout prévu, tout combiné et, à moins que la fatalité vienne s'en mêler, elle en sortira.
—Mais une fois hors du Temple, dit M. de Guilleragues, reste à la faire sortir de Paris?
—Ceci regarde M. de Morfontaine.
—Oui, répondit ce dernier, c'est ici que mon rôle commence, pendant que Grignan opérera dans la prison, je serai dans une rue voisine, avec un fiacre que j'ai acheté. La famille royale y montera, moi sur le siège, et, protégé par un sauf-conduit que nous devons au savoir-faire de notre intrépide complice, je te l'amènerai, Guilleragues.
—Ajoutez, Monsieur, continua Grignan, que j'irai avec vous jusqu'à la barrière pour vous aider au besoin à la passer; justement, ce soir-là, le poste sera commandé par un de mes amis.
—Alors, la partie la plus difficile de notre entreprise sera accomplie, s'écria Guilleragues avec feu. La berline que Morfontaine s'est procurée sera tout attelée. Nous nous mettrons en route aussitôt et nous irons bon train toute la nuit. Quand, au matin, on s'apercevra au Temple que la famille royale est en fuite, nous aurons brûlé déjà deux étapes.
Et, dans l'excès de sa joie, l'enthousiaste gentilhomme ôta son chapeau et cria:
—Vive le roi!
—Eh! Monsieur, reprocha Grignan, ce n'est pas pour rétablir la royauté renversée par le peuple français que je conspire avec vous; c'est par humanité, par compassion, par admiration de celle que vous appelez la reine et qui n'est pour moi qu'une femme infortunée. Ne m'obligez pas, en criant; «Vive le roi!» à crier: «Vive la République!…» Je suis bon patriote.
—Pardonnez-moi, citoyen Grignan, répondit M. de Guilleragues… ce cri qui résume ma foi politique et ma foi religieuse m'a échappé. Je respecte vos convictions, et si tous ceux qui les professent étaient à votre image, je les honorerais… Il n'y a ici ni républicains, ni royalistes; il n'y a que des hommes de coeur.