Un court silence succéda à ces paroles. Puis M. de Morfontaine, qui avait à coeur de dissiper le léger nuage qu'avait attiré sur l'alliance l'étourderie de son ami, résuma les dispositions qui venaient d'être arrêtées.

—Tout est donc bien entendu, dit-il. Dans la soirée du 10 avril, la reine sera prévenue que le complot dont il lui a été parlé une fois, et auquel elle a adhéré, est mûr pour l'exécution. Le lendemain, notre ami le chevalier sera introduit auprès d'elle et lui communiquera le plan dans tous ses détails. Le soir à 9 heures, elle sortira du Temple. Une heure après, elle sera ici, amenée par moi. Guilleragues nous attendra et nous partirons aussitôt. Est-ce tout?

—C'est tout, déclara M. de Guilleragues.

—Et moi, n'aurai-je donc rien à faire? interrogea mélancoliquement Valleroy qui avait assisté silencieux à l'entretien. Il y aura dans cette entreprise de l'ouvrage pour vous tous, Messieurs. Pourquoi suis-je seul excepté?

—Nous songerons à vous en une autre circonstance, Monsieur Valleroy, répliqua en riant M. de Morfontaine.

—Et puis, ajouta Grignan, il n'est pas encore dit que nous ne trouvions pas à t'occuper ce soir-là, citoyen. Prends patience.

Tout étant définitivement arrêté, il n'y avait plus qu'à se séparer. La nuit était venue, et au moment de traverser le parc avec Bernard et Valleroy pour aller retrouver sa voiture, Grignan venait d'allumer une lanterne dont il s'était muni par précaution.

—Citoyen Grignan, dit alors M. de Guilleragues, jusqu'au grand jour je ne bougerai pas de la Folie d'Épernon. J'y suis dans les propriétés de ma famille, n'en déplaise à ceux qui les ont confisquées, et la sollicitude de Morfontaine m'y a assuré le vivre et le couvert. Vous sauriez donc où me trouver si vous aviez besoin de me revoir.

—Entendu, Monsieur.

Et comme les mains s'étreignaient, le marquis de Guilleragues reprit: