Aussi quel ne fut pas son émoi lorsqu'un matin, peu de temps après la mort du roi, étant dans sa chambre avec son fils et sa fille, elle vit le garde national en faction à la porte restée ouverte la suivre d'un regard de respect et de compassion. Oh! ce regard, quel baume il versa dans son coeur ulcéré! Comme il était éloquent! Le sien l'interrogea. Ce fut un échange de pensées, rapide et lumineux comme un éclair, qui contenait plus de promesses de la part de l'homme, plus de prières de la part de la reine que n'auraient pu en exprimer des paroles. Puis elle attendit. Alors, le garde national tira de sa tunique un oeillet et, sans quitter sa place, le jeta sur le lit, en disant à demi-voix:
—Il y a un papier.
La reine prit la fleur et chercha. Sous les pétales, et fixé au calice par une épingle imperceptible, était cachée une étroite bande de papier, pliée en rouleau. Elle la déroula et lut ces mots tracés au crayon:
«Parmi ceux que leur malheur condamne à surveiller la reine, il y a des hommes généreux et dévoués, résolus à s'employer pour sa délivrance. Celui qui sera de garde à sa porte ce soir, à l'heure où les officiers municipaux et les sectionnaires de service descendent souper, profitera de ce répit pour exposer à Sa Majesté, si elle veut s'arranger pour être seule, un plan de fuite.»
La reine leva vers le garde national ses yeux chargés de gratitude et fit un signe d'intelligence. Mais celui-ci ajouta:
—Il faut détruire cet écrit ou me le rendre.
La reine avait roulé le papier. Elle le glissa dans la main de Madame
Royale qui se trouvait à sa portée et lui dit:
—Allez embrasser Monsieur, mon enfant.
La princesse s'élança, et déjà le garde national se penchait pour recevoir le baiser, lorsque dans l'escalier, auquel il tournait le dos, un bruit de pas se fit entendre. Brusquement, il reprit son papier, le fourra dans sa tunique et, écartant Madame Royale, il fit d'un accent de gronderie:
—Apprends à respecter les serviteurs de la loi, ma petite citoyenne. Je ne suis pas ici pour jouer.