—N'as-tu pas honte de maltraiter cette enfant, citoyen Grignan? dit une voix à son côté.
Grignan se retourna et reconnut un des officiers municipaux qui revenait prendre son service auprès de la reine.
—Chacun pratique son devoir civique comme il l'entend, citoyen Michonis, répondit-il. Grands et petits, les tyrans et les aristocrates ont souvent besoin qu'on leur donne une leçon de politesse.
L'officier municipal ne répondit pas. Mais il haussa les épaules, une expression de mépris sur le visage, et il entra chez la reine pour procéder à l'inspection des chambres occupées par la famille royale, inspection qui avait lieu à toute heure et au moins deux fois par jour.
La journée fut longue au gré de Marie-Antoinette, plus longue que les précédentes que cependant elle trouvait interminables. L'impatience la dévorait, et jusqu'au soir, elle se montra plus agitée que de coutume, quelque effort quelle fît pour dissimuler son émotion. Après lui avoir parlé, Grignan avait été relevé de faction et, depuis, il n'était pas revenu. Marie-Antoinette commençait à s'en inquiéter, lorsqu'à la nuit il reparut. C'était l'heure où le personnel de la prison prenait son repas et, comme Madame Élisabeth venait d'emmener chez elle le petit Dauphin et Madame Royale, la reine se trouva seule avec Grignan. Alors, celui-ci s'avança et lui remit un billet en disant:
—Lisez d'abord ceci, Madame.
Elle obéit et lut:
«On peut avoir confiance dans le porteur et croire ce qu'il dira,—Comte de MORFONTAINE.»
—Vous connaissez le signataire? demanda Marie-Antoinette.
—Je le connais depuis hier, Madame. Il s'est présenté chez moi et, après m'avoir dit qu'il me savait humain et généreux, quoique patriote, il m'a demandé si je voulais l'aider à délivrer la famille royale. J'ai promis.