—Nous ne vous retiendrons pas longtemps, mon Père. Dès demain, je ferai à la municipalité de Saint-Baslemont les déclarations nécessaires en vue de notre union. D'ici à huit jours, elle pourra y procéder. Mais comme tante Isabelle et moi ne considérons le mariage civil que comme une formalité insuffisante, nous vous demanderons ensuite de nous bénir. La cérémonie s'accomplira ici, secrètement, et ensuite vous serez libre. M'approuvez-vous, tante Isabelle?

—J'approuve tout ce que vous faites, Valleroy, répondit la jeune femme en tendant la main à son fiancé.

—Tout reste donc ainsi convenu, reprit Valleroy.

On dormit paisiblement cette nuit-là au château de Saint-Baslemont. Pour la première fois depuis deux ans, après tant de cruelles épreuves héroïquement supportées, Bernard et ses amis pouvaient se livrer au repos en toute sécurité, sans avoir à redouter les jours qui devaient suivre.

Le lendemain, tout le monde était debout de bonne heure. Tandis que Bernard promenait à travers le domaine de Malincourt tante Isabelle, Nina et le P. David, Valleroy commençait ses démarches auprès de la municipalité en vue de hâter son mariage et de faire régulariser en même temps la situation de Bernard, à l'aide des décisions qu'il avait obtenues avant de quitter Paris, en faveur de l'héritier des Malincourt. Comme il l'avait prévu, ces démarches et les formalités qu'elles nécessitaient exigèrent une semaine durant laquelle il eut à s'occuper de rendre habitable le château. Mais il se prodigua, et, grâce à son activité, les choses, à l'expiration du terme qu'il s'était fixé, avaient marché comme il le souhaitait.

CHAPITRE XXI

LE TEMPS S'ENVOLE

Un matin, de bonne heure, tante Isabelle et Valleroy se rendirent à la municipalité de Saint-Baslemont. En présence de quatre témoins, le maire les maria conformément aux lois nouvelles édictées par la Révolution. Puis ils rentrèrent au château où le P. David devait, la nuit venue, consacrer leur union d'après les rites de l'Eglise, abolis par le nouveau régime, mais que, même en pleine Terreur, les catholiques avaient observés autant qu'ils le pouvaient. Après le souper, dans une pièce située au premier étage, qui servait jadis d'oratoire à la comtesse de Malincourt, le P. David, aidé de Bernard et de Valleroy, dressa un autel qu'il orna de guipures et de dentelles, de candélabres d'argent et de fleurs d'arrière-saison, cueillies dans le parc avant la fin du jour par tante Isabelle. L'église du village, abandonnée depuis longtemps, avait fourni les vêtements sacerdotaux, les vases sacrés, et même pour Bernard, qui devait assister l'officiant, une soutane rouge et un surplis d'enfant de choeur.

Puis, lorsque ces préparatifs furent terminés, on attendit dans le recueillement que sonnât minuit. Alors, dans cette chapelle improvisée, vinrent prendre place Chourlot et Nina qui seuls devaient être présents à la cérémonie, puis Valleroy et tante Isabelle. Ils s'agenouillèrent devant l'autel, et, au moment où les pendules du château frappaient les douze coups de minuit, le P. David entra, précédé de Bernard.

En quelques paroles éloquentes, il traça aux époux le tableau de leurs nouveaux devoirs et formula les voeux dont il allait demander pour eux la réalisation. Il les unit ensuite et célébra la messe à leur intention, tandis que, courbés au pied de la croix, ils remerciaient Dieu qui mettait un terme à leurs épreuves et liait à jamais leurs coeurs en leur versant l'oubli du passé dans la perspective d'un bonheur infini.