—Cachés dans des souterrains du château.
—Tu les feras monter demain et nous les ouvrirons.
—Croyez-vous que ce soit prudent, citoyen? demanda Chourlot.
—Je ne comprends pas ta question. Précise…
—Depuis quelques jours, des bandes de chauffeurs et de pillards se sont montrées dans le pays. Peut-être convient-il d'éviter de les attirer ici par l'étalage de vos richesses.
—Je ne crains ni les chauffeurs ni les pillards, répliqua avec hauteur
Joseph Moulette. Tu exécuteras l'ordre que je viens de te donner.
Chourlot s'inclina en signe d'obéissance et disparut. Alors Joseph Moulette regarda autour de lui. Les convives, en ce moment, formaient un groupe dont les deux délégués occupaient le centre. Ceux-ci parlaient avec animation aux paysans, qui les écoutaient, déférents et silencieux, et le citoyen président, qui s'était approché, entendit tomber de leur bouche, dans le silence, des mots qui lui étaient familiers; devoirs civiques… complots liberticides… audace des aristocrates… infamies de Pitt et Cobourg. Il comprit que les hauts personnages plaidaient la cause du peuple et de la liberté et appelaient la foudre sur la tête des ennemis de la République. Il attendit la fin de ces harangues éloquentes. Puis, quand personne ne parla plus, il parla lui-même.
—Les ennemis de la République, fit-il d'un accent dramatique, il y en a partout. Mais qu'ils tremblent! Le châtiment qui les attend sera terrible; ils seront, écrasés…
Et comme un frisson passait dans l'âme de ses auditeurs, il ajouta:
—Doivent être tenus pour tels les émigrés, nobles ou non, les prêtres, les accapareurs et ces brigands qui infestent nos campagnes et y portent l'effroi. C'est à ces bandits que nous devons faire une guerre incessante et implacable. Peut-être certains d'entre eux en veulent-ils à mes jours. Mais je ne les crains pas, car s'ils venaient m'attaquer ici, les braves patriotes de Saint-Baslemont voleraient à mon secours. N'est-ce pas, braves patriotes que vous sauriez me défendre?…