—Madame, dit-il, je me nomme Bernard de Malincourt. Je suis ici pour présenter une requête au général Bonaparte. Mais on vient de me refuser sa porte et de me déclarer qu'il ne m'écouterait pas. Daignez intercéder pour moi et il consentira à m'entendre.
Bonaparte s'était retourné, surpris, une expression de mécontentement sur le visage. Quant à Mme de Beauharnais, elle souriait d'un sourire de bienveillance et d'intérêt, en enveloppant Bernard d'un regard affectueux.
—Général, dit-elle, vous vous êtes offert tout à l'heure à exaucer mes désirs. Permettez donc que j'intervienne pour cet enfant, en faveur de sa jeunesse et de l'illustre nom qu'il porte. Recevez-le, écoutez-le, et, si vous le pouvez, accueillez favorablement sa demande. Il n'est pas, en ce moment, de meilleur moyen de me faire votre cour.
—Oh! merci, Madame, s'écria Bernard.
Alors il sentit la main de Bonaparte qui s'appuyait familièrement sur son épaule et il entendit le général dire à demi-voix, en saluant Mme de Beauharnais:
—Il sera fait selon vos ordres, Madame.
Une minute après, Bernard se trouvait seul en présence du soldat à l'autorité duquel il avait osé recourir.
—Exposez-moi ce qui vous amène, dit celui-ci.
—Debout devant une table couverte de papiers et de plans, il feuilletait machinalement un dossier, comme s'il lui eût été impossible de rester inoccupé, même en accordant une audience. Alors Bernard lui raconta brièvement son histoire, sa fuite à Coblentz, son retour en France, la mort tragique de ses parents, ses efforts pour sauver la reine, sa rentrée à Saint-Baslemont et son départ, précipité quand Joseph Moulette était venu s'emparer de ses biens.
—Maintenant cet homme est mort, ajouta-t-il; le château qu'il m'avait volé est redevenu la propriété de la nation, et c'est afin d'obtenir qu'on me le rende, mon général, que je viens à vous.