—Savez-vous que vous êtes passible des lois de la République, Monsieur? objecta froidement Bonaparte. Vous avez émigré et, par conséquent, vous n'aviez pas le droit de rentrer en France sans autorisation.

Bernard ne se laissa pas décontenancer par cette parole sévère et hautaine.

—J'avais douze ans quand j'ai émigré, répondit-il avec assurance. Je n'ai pas été libre d'agir autrement. Mais j'ai abrégé autant que je l'ai pu la durée de mon séjour à l'étranger et saisi la première occasion qui m'a été offerte de rentrer dans mon pays.

—Vous y êtes revenu pour conspirer, pour vous associer à des fauteurs de complots.

—Pour arracher à sa prison et à la mort, une femme, une reine, la veuve du prince qu'on m'avait accoutumé à considérer comme mon roi, s'écria Bernard. Ce que j'ai fait, mon général, si vous aviez été à ma place, si vous aviez porté le nom que je porte, vous l'eussiez fait aussi.

Bonaparte releva brusquement son visage au teint bilieux, et ses yeux clairs et perçants s'arrêtèrent étonnés sur le jeune audacieux qui osait adressée cet appel indirect, à sa générosité.

—Avec l'éducation que vous avez reçue et dans les milieux où vous avez vécu, vous avez dû apprendre à haïr la République, ajouta-t-il.

—Je n'ai appris qu'à aimer la France, affirma Bernard.

—Et maintenant, qu'avez-vous à lui offrir en échange de ce que vous êtes venu réclamer de moi?

—J'ai à lui offrir mon bras, mon sang, toute ma vie.