—Vous voulez être soldat?

—Oui, mon général, et en même temps que je demande justice, je sollicite l'honneur de marcher à l'avant-garde de l'armée que vous commanderez.

Un éclair traversa le regard de Bonaparte. D'un geste affectueux et familier, il prit l'oreille de Bernard et en serra l'extrémité entre ses doigts, en disant:

—Bien, jeune homme. Voilà des sentiments dignes d'un Français. Ils vous assurent ma protection. Rédigez votre requête aujourd'hui; apportez-la moi demain et je la mettrai sous les yeux de Barras, en me portant garant de votre loyauté, de votre courage et de votre volonté de servir sous les drapeaux de la République. Quel âge avez-vous?

—Seize ans passés, mon général.

Bonaparte revint vers la table, y prit une plume et tirant à lui une feuille de papier il y traça quelques lignes.

—Vous vous présenterez aux bureaux de la place avec l'ordre que voici, dit-il. On y recevra votre engagement. Conduisez-vous de manière à mériter les éloges de vos chefs; j'aurai l'oeil sur vous.

Les mains de Bernard tremblaient quand il reçut de celles de Bonaparte le billet que celui-ci venait d'écrire.

—Ah! mon général, dit-il, je n'oublierai jamais que c'est à vous que j'aurai dû d'entrer dans la carrière des armes et je saurai m'y montrer digne de la protection que vous m'avez accordée.

Il sortit ivre de joie.