Le général marquis de Bouillé, qui ne pouvait se consoler d'avoir été impuissant à sauver le roi, lors de la fuite à Varennes, tourna vers le comte d'Artois son morne et martial visage et répondit:
—Vers les derniers jours d'août, Monseigneur, si M. le duc de Brunswick tient ses promesses.
—Dans six semaines, vos parents seront en liberté, Messieurs, reprit le comte d'Artois avec assurance en s'adressant aux frères de Malincourt.
Il passa. L'audience était terminée, et Armand déjà entraînait son frère quand s'éleva, dans le silence, la voix grave de Monsieur. Elle interrogeait:
—Quel est ce jeune enfant?
À cette question, les deux frères revinrent sur leurs pas, et Armand répondit:
—C'est mon cadet, Monseigneur.
—Qui donc m'a parlé de lui? Ah! je me souviens, c'est dans un rapport de police que j'ai lu tout à l'heure le récit de son arrivée au café des Trois-Couronnes, hier soir, Eh bien, vicomte, il faut lui dire de se consoler, de se rassurer. Il verra de meilleurs jours. Qu'il travaille, et, à notre retour à Paris, nous le ferons entrer au corps des pages.
Puis tout retomba dans le silence aux entours de Monsieur. Quant au comte d'Artois, il avait repris sa pétulante promenade de l'un à l'autre. Armand, comprenant que la bienveillance des princes était épuisée, allait se retirer. Mais il n'en eut pas le temps. La pendule ayant sonné dix heures, le comte de Provence se leva:
—La messe, mon frère, s'écria-t-il.