Son frère se rapprocha de lui. Un gentilhomme remit à chacun d'eux un paroissien, un chapeau et, en plus, une canne à l'aîné. La porte qui donnait sur le salon d'attente fut ouverte: on entendit résonner sur les dalles le bruit des hallebardes, et comme le cortège se mettait en marche, Bernard perçut ces trois mots jetés à la foule des courtisans:
—Les princes, Messieurs.
Alors, ce fut dans cette foule une agitation et une rumeur qui éclatèrent brusquement, qui s'apaisèrent presque aussitôt. Les princes s'avançaient au milieu d'elle, dans un calme tel qu'on eût entendu voler une mouche si, de temps en temps, eux-mêmes ne l'avaient troublé en adressant la parole à quelqu'un de ceux qui formaient la haie sur leur passage. Armand avait pris sa place accoutumée derrière le comte d'Artois; Bernard marchait à côté de son aîné, mais sans rien distinguer de ce que disaient les princes, quand ils parlaient, bien qu'il le devinât à l'expression des visages. C'étaient des encouragements aux uns, des refus à d'autres; ici un éloge, là un blâme, et personne ne répondait. De toutes parts, on ne voyait que bustes inclinés et têtes courbées.
La chapelle était au rez-de-chaussée, à l'autre extrémité du château. En y arrivant, Bernard fut tout heureux de se retrouver à côté du vidame d'Épernon.
—Permettez-moi de rester auprès de vous. Monsieur le vidame, lui dit-il, et daignez me nommer encore les personnages fameux.
—Avec plaisir, chevalier, répondit M. d'Épernon. Mais, dites-moi, vous avez approché Leurs Altesses Royales! Vous ont-elles consolé?
—Elles m'ont parlé brièvement et je n'ai rien trouvé à leur répondre.
—Vous étiez intimidé?
—Irrité plutôt, répliqua Bernard.
Et il raconta les détails de l'audience.