—De qui me parlez-vous, vieille folle?
—De ceux qui marchent derrière moi. Je ne les connais pas, ou plutôt, il y en a bien un que j'ai déjà vu; quant aux deux autres…
Elle n'eut pas le temps d'achever. Au seuil de l'atelier venaient d'apparaître Bernard de Malincourt qu'accompagnaient Armand et Valleroy. La figure parcheminée de Reybach s'épanouit dans un bienveillant sourire, et s'adressant à sa gouvernante:
—Vous avez eu peur de ces gentilshommes! Les prenez-vous pour des malfaiteurs?
—Dans une ville pleine d'émigrés, on doit s'attendre à tout, grommela Lisbeth, traduisant à sa manière l'opinion défavorable que professait contre eux la population de Coblentz.
Satisfaite d'avoir décoché ce trait, qui, du reste, n'atteignit personne, elle disparut tandis que Reybach faisait fête à ses nouveaux amis.
—Nous venons vous remercier de vos courtois procédés envers mon frère, mon cher Reybach, lui dit Armand. Il a voulu le faire lui-même avec moi, et le fidèle Valleroy a tenu à se joindre à nous.
—Nous sommes tous ici les obligés de M. Reybach, ajouta Valleroy, n'est-ce pas, tante Isabelle?
Il saluait celle-ci, qui s'était levée pour faire sa révérence à la société. Elle le remercia d'un regard et répondit:
—Les heures de repos et de trêve sont rares dans la vie des proscrits. Nina et moi nous devons à M. Reybach quelques-unes de ces heures réparatrices.