—Bonnes ou mauvaises? demanda tante Isabelle.

—Le 20 septembre, au village de Valmy, entre Sainte-Menehould et Châlons-sur-Marne, les Français, commandés par les généraux Dumouriez et Kellermann, ont remporté une grande victoire. L'armée austro-prussienne est en déroute. Brunswick renonce à marcher sur Paris et bat en retraite.

—Mais alors, tout est perdu! gémit tante Isabelle.

—Perdu! quand les Français sont victorieux? s'écria Bernard.

Il ne continua pas. Ce cri, un inconscient sentiment de joie l'avait poussé à ses lèvres et il n'avait pu le contenir. Mais brusquement il mesurait toutes les conséquences de cette victoire des Français qui mettait en péril les jours de son frère et reculait la délivrance de ses parents.

—Et Armand, soupira-t-il, qu'est-il devenu?

—J'ai lieu de croire que M. le vicomte est sain et sauf, répondit Valleroy, et qu'il est resté à Verdun avec le comte d'Artois. Il paraît certain que les émigrés n'ont pas pris part au combat du 20 septembre.

Rassuré de ce côté, Bernard songeait à son père et à sa mère, et il pleurait en silence ses espoirs détruits, ces espoirs qu'avait éveillés la marche des alliés sur Paris et qu'anéantissait la nouvelle de leur retraite. Nina, ayant vu ses larmes, se serra contre lui, et pleurant elle-même, répétait d'une voix caressante:

—Ne pleure pas, Bernard. Ça me fait trop de peine.

—Qu'allons-nous devenir? interrogea tante Isabelle.