—Les Français sont entrés dans Mayence.
—Ils marchent sur Coblentz.
—Ils vont y arriver avant le lever du jour.
—Nous sommes perdus.
Valleroy ne voulut pas en entendre davantage. Depuis plusieurs jours, il attendait ce moment et s'y était préparé. Il entra dans la chambre de Bernard, et, réveillant l'enfant endormi, il lui dit avec sang-froid:
—Habillez-vous, Monsieur le chevalier. Nous partons.
—Nous partons! Pourquoi?
—Parce que, dans quelques heures, Coblentz sera occupé par l'armée de
Custine.
—Crois-tu donc que les soldats français nous feraient du mal s'ils nous trouvaient ici?
—Je ne le crois pas. Mais cette expérience, que j'oserais tenter si je n'avais à exposer que moi-même, je n'ai pas le droit de l'affronter alors que vous êtes sous ma garde. Le malheur des temps a fait de nous des émigrés. Nous sommes, vous et moi, passibles des lois révolutionnaires, vous surtout, en votre qualité de gentilhomme, fils d'un suspect. Il importe que les Français ne nous trouvent pas ici.