—Vous y rencontreriez d'autres dangers. Je vous emmène en Bavière chez moi. Vous y attendrez la fin des mauvais jours.

—C'est qu'on assure que les émigrés n'y sont pas reçus.

—Rien de plus vrai; mais, grâce à moi, on vous y recevra. Faites mettre vos malles sur la berline, et partons. Il faut éviter de tomber dans l'avant-garde de Custine.

—Est-ce vous, mon frère? demandait Bernard du haut de l'escalier.

—Ce n'est pas votre frère, chevalier; mais c'est un fidèle ami.

Et le vidame enlevait Bernard dans ses bras, le serrait contre sa poitrine, le couvrait de baisers, en répétant:

—Je vous conduis en Bavière. Pressons-nous. Il n'y a pas une minute à perdre.

Bernard n'essaya pas de résister. Résigné à partir, il était heureux de trouver, à défaut de la protection de son frère, celle de M. d'Épernon.

—C'est que nous ne partons pas seuls, fit-il en regardant Valleroy, il y a Nina et tante Isabelle.

—Vos amies! répondit le vidame. Vous ne voulez pas vous séparer d'elles? Qu'à cela ne tienne! Nous allons les prendre en passant.