—Il était convenu avec tante Isabelle qu'à la première alerte nous nous réunirions, observa Valleroy. Peut-être allait-elle chez nous, pendant que nous venions chez elle.

—Assurons-nous-en, répondit M. d'Épernon.

Par son ordre, la voiture rebroussa chemin. Cette fois, elle n'avançait plus qu'avec difficulté, tant la foule se faisait compacte, devenait malveillante et soupçonneuse. On passa cependant, grâce au sang-froid et à l'énergie du cocher. Mais ce fut un vain et inutile effort. Pas plus là où on allait que là d'où l'on venait, on ne trouva trace de celles qu'on cherchait. Dans la tourmente de cette affreuse nuit, Nina et tante Isabelle avaient disparu.

Au moment où cette disparition mystérieuse venait d'être constatée, et comme le vidame d'Épernon et Valleroy se consultaient, se produisit non loin d'eux un nouveau mouvement de foule, une de ces furieuses poussées de peuple qui brisent tout sur leur passage. En même temps des clameurs plus bruyantes s'élevèrent. De toutes parts on n'entendait que ce cri:

—L'ennemi! Voilà l'ennemi!

—Il n'y a plus à hésiter, s'écria d'une voix énergique M. d'Épernon.

Il dit un mot au cocher, et la chaise de poste s'éloigna au galop de ses chevaux robustes. Quelques instants après, elle était hors la ville et cheminait rondement sur une route déserte allant vers le Nord.

Bernard, le front dans ses mains, pleurait et gémissait:

—Nina! ma pauvre Nina!

Plus intrépide et plus fort, Valleroy se dominait, contenait sa douleur. Mais le nom qu'étouffait sa bouche retentissait dans son coeur, et ce nom, c'était celui de tante Isabelle.