—Raille tant qu’il te plaira, reprit Gustave, mais dans l’espèce de société que rêve le marquis il y aura d’excellentes choses. Le mariage sera libre; c’est-à-dire que l’on s’épouse si l’on veut, que l’on se sépare quand on veut....
—Et que l’on est heureux, si l’on peut, interrompit Eugène.
—Il en est de même partout, ce me semble, continua Gustave. D’ailleurs, je ne suis encore disciple du marquis qu’en théorie, et peut-être ne pousserai-je pas plus loin l’amour du saint-simonisme. Mais, quoi qu’il arrive, je sympathiserai toujours, du fond du cœur, avec toute doctrine ou religion nouvelle qui nous offrirait les avantages de l’union matrimoniale, sans nous en imposer les inconvéniens.
—Le diable m’emporte, si tu n’extravagues pas, dit Eugène.
—Écoutons-le d’abord, fit observer Alfred.
—Me voilà saint-simonien, je suppose, dit Gustave. Une femme me plaît, je la prends; cette femme me donne un enfant, je la quitte.
—Après?
—Après?... Cette femme devient ce qu’elle veut, cela ne me regarde pas; je l’ai quittée, elle n’est plus ma femme. Mais j’ai un enfant.
—Tu as un enfant?
—Sans doute, et je n’ai plus de femme, voilà l’admirable. Le marquis seul comprend la nature. Quel est le but du mariage, mais je dis le but unique? D’avoir une femme, à ce que tu crois? Pas du tout: d’avoir un enfant. Mon enfant est à moi, et ma femme à qui veut la prendre. J’ai rempli le vœu de la nature: conçois-tu maintenant?