Et la pauvre mère continuait à frotter les tempes de sa fille... Mais ce n’était pas à la tête que Louise avait mal.
CHAPITRE IV.
Depuis un mois, ainsi que nous l’avons fait entendre plus haut, un changement graduel s’était opéré dans les habitudes de Louise. Elle soupirait de temps à autre, et de temps à autre elle retombait aussi dans ses anciennes rêveries. Quand elle était dehors, elle ne montrait plus le même empressement à rentrer; quand elle était dans la chambre, elle imaginait toujours quelque nouveau prétexte pour en sortir.
Madame Drouart, qui croyait sa fille entièrement résignée à son sort, qui l’avait vue gaie et contente plusieurs semaines de suite, madame Drouart, rassurée et confiante, ne s’était pas encore aperçue que l’humeur de Louise eût cessé d’être tout-à-fait la même. Il est vrai de dire que ce n’était pas cette tristesse morne dont Louise avait paru accablée, dès sa sortie de la pension. C’était moins quelque chose de morne que d’agité; moins de la tristesse que de l’inquiétude.
Louise, suivant une expression vulgaire, ne tenait plus en place. Elle allait de son piano à son dessin; de son dessin à la fenêtre; de la fenêtre à ses livres; mais elle n’allait plus aussi souvent à sa mère.
Cette inquiétude, ce malaise du corps, avaient pour cause des tourmens d’esprit qui ne pouvaient tarder à se révéler d’eux-mêmes, lorsqu’une circonstance presque futile vint brusquement les trahir.
Louise, assise à son piano, jouait, en s’accompagnant de la voix, un des airs les plus doux de Romagnesi; Madame Drouart, au fond d’un petit cabinet voisin, tout près de la porte d’entrée, là où elle avait établi le guichet de son dépôt de timbre, madame Drouart prêtait une oreille attentive aux accords de sa fille. Elle marquait la mesure du pied et de la tête, souriant et pensant que jamais ses économies n’avaient été mieux employées que le jour où elle acheta ce piano, pour en faire un présent à Louise. Ce jour était celui-là même qui vit Louise sortir de la maison royale de Saint-Denis. Dans le tumulte des sensations que ce souvenir réveillait en elle, madame Drouart se laissait entraîner à de douces et vagues pensées; elle se berçait de bonheur au son cadencé de la musique. Le cœur de la pauvre mère n’en pouvait plus; sa tête nageait dans l’ivresse, et cependant, fidèle à l’impulsion qui lui avait été donnée, son pied continuait à battre la mesure.
Tout à coup le piano jette un son bruyant et discordant comme si une main sans expérience en avait frappé maladroitement les touches.