—Non, ma fille, non, vous ne sortirez pas.

—Mais, maman, je souffre, je t’assure... Permets-moi de sortir. Je vais rentrer tout de suite.

Louise, en disant cela, s’était levée pour prendre quelque menue monnaie dans la commode, et elle était près de sortir.

Madame Drouart se jeta au devant d’elle. Louise, Louise, s’écria-t-elle, d’une voix déchirante, est-ce que tu veux me faire mourir!

—Mais, maman....

—Pas un mot de plus, ma fille, vous me tueriez!... Viens, viens, lui dit-elle, en l’attirant doucement par la main, je veux que tu aies pitié de moi, mon enfant, je veux que tu m’aimes encore.... viens, ma fille.

Louise, le front bas, la figure pourpre de honte, se laisse entraîner, non sans quelque résistance, car elle ne sait en quel endroit sa mère veut la conduire.

—Assieds-toi là, ma fille.

Elle s’assit à côté d’un petit meuble où madame Drouart avait l’habitude de serrer ses papiers. C’était une espèce de secrétaire à forme antique; madame Drouart en ouvrit la porte cintrée qui, s’élevant en criant, se replia sur elle-même et se perdit dans les rainures.

Ce meuble, Louise ne se rappelait pas qu’il eût été ouvert depuis son retour de la pension. C’était, dans sa mémoire, un événement confus et lointain. Son imagination la reporta aux jours de son jeune âge. Elle se vit, toute petite, contemplant le vieux secrétaire avec admiration, et sautant de plaisir devant tous ses tiroirs où elle se souvenait bien d’avoir aperçu de l’or.