Madame Drouart prit un siége qu’elle plaça tout à côté de Louise. Là, toutes deux, long-temps silencieuses, elles échangèrent de douloureux regards, la fille ne pouvant lire, la mère ne pouvant parler, tant leur poitrine était gonflée de larmes.

—Lis haut, ma fille, dit madame Drouart d’une voix presque éteinte, lis haut; je veux entendre.

Louise commença:

«O ma Louise, toi si bonne et si douce, toi qui viens de me caresser avec tes petites mains, toi que j’embrasse, que j’aime, que je quitte et que je ne reverrai plus, ma Louise, mon enfant, ma fille chérie, ne fais jamais pleurer ton excellente mère.

»Louise, tu as eu un frère qui nous a rendus bien malheureux ta mère et moi[1]; que sa vie comme sa mort te restent toujours inconnues, mais surtout, ma fille, puisses-tu ne pas connaître ces vices du cœur qui font les mauvais enfans!

»Du jour où tu cesseras d’aimer ta mère, souviens-toi bien, Louise, que tu commenceras à n’être plus vertueuse.

»Mais, ma fille, tu seras sage, tu seras bonne, n’est-ce pas? Tu ne feras rien contre l’honneur, tu te souviendras que tu es seule l’appui, la joie, la fortune de ma pauvre femme.

[1] Ce frère aîné de Louise, dont il est question ici, venait de se brûler la cervelle à la suite de débauches infâmes. On était assuré même de sa complicité dans la fabrication récente de faux billets de banque. La conduite de ce jeune homme contribua, dit-on, à développer chez le capitaine Drouart le germe de la maladie dont il mourut peu de temps après, à l'âge de 45 ans. (Note de l’auteur.)

»Console-la de ma mort, Louise, car ma mort va la laisser bien triste et bien malheureuse.