Dès le jour où Louise quitta la maison royale, madame Drouart aurait bien voulu prendre une femme de ménage; mais ses économies de sept à huit ans avaient été employées à l’achat d’un piano pour sa fille; la présence de Louise allait nécessiter une augmentation de dépenses; et quand toutes deux pourraient à peine vivre, devait-elle songer à s’imposer de nouvelles charges? C’eût été une folie alors; mais aujourd’hui, bien que les difficultés soient les mêmes, la circonstance commande impérieusement de les vaincre.

Madame Drouart est trop faible pour faire les courses de la maison; elle a été obligée d’en laisser le soin à Louise qui ne peut plus, sans péril, continuer à prendre cette peine. Une femme de ménage leur devient donc indispensable.

Madame Drouart ne se dissimule pas quel lourd fardeau cela est. Eh bien! elle seule le supportera. Elle retranchera sur son nécessaire, sur son sommeil; elle travaillera la nuit; au lieu du vin qu’elle buvait à ses repas, maintenant elle boira de l’eau.

Que lui font à elle, pauvre mère, tous ces sacrifices? Mais du moins que Louise ne s’aperçoive pas plus de la gêne où va les mettre un surcroît de dépenses, que du but où tend l’introduction d’une servante dans leur ménage!

Louise, en voyant rentrer sa mère, s’affligea de ce qu’elle s’était donné la peine de descendre.—Il pouvait t’arriver quelque accident en chemin, lui dit-elle. Tu es souffrante, malade, pourquoi ne m’as-tu pas avertie? je serais descendue.

Madame Drouart lui répondit que, l’ayant vue occupée à relire la lettre de son père, elle n’avait pas voulu la déranger d’une occupation aussi douce.

Louise, à ce souvenir, sourit tendrement à sa mère:

—Je ne peux pas me plaindre de la peine que tu viens de prendre pour moi, dit-elle, car mon père m’ordonne de te rendre heureuse; et un de tes grands bonheurs, n’est-ce pas, c’est de te fatiguer pour ta fille!

Cette réponse offrait à madame Drouart une ouverture toute naturelle pour faire entrer doucement Louise dans ses projets. Elle crut l’occasion propice, et elle la saisit.

—Sais-tu bien, ma fille, que c’est une fatigue horrible que celle dont je t’accable tous les jours? ne faire que monter et descendre ces trois étages.