—Ils ne sont pas hauts, maman.
—Pour quelqu’un qui les monterait une fois dans la journée, sans doute, mais pour toi qui ne fais pas autre chose du matin au soir, nos trois petits étages finissent par être bien rudes, ma fille.
—Bah! maman, quand on n’est pas riche, et surtout quand on est jeune...
—Eh bien! oui, ma fille, quand on est jeune... je ne sais pas trop, moi, s’il convient beaucoup à une jeune demoiselle de ton âge d’aller et de venir sans cesse... La place de notre sexe est dans une chambre et non dans l’escalier ou dans la rue.
Louise leva un regard inquiet sur sa mère.
—Qu’est-ce que tu en penses? D’ailleurs, fatigue, inconvenance même à part, ne vaudrait-il pas mieux que tu restasses à me tenir compagnie, à toucher de ton piano, à lire, à travailler enfin, que de passer ton temps au milieu de tous les détails pénibles d’un ménage?
—Mais, maman, nous ne sommes pas assez riches pour prendre une domestique, tu me l’as dit vingt fois.
—Une domestique, non; mais une femme au mois, quelqu’un pour faire le gros ouvrage... ce serait toujours un peu de fatigue que l’on t’épargnerait. Voyons, qu’en dis-tu?
—Si cela te plaît, maman, je ne demande pas mieux.
—Eh bien! nous en reparlerons, ma fille; j’y réfléchirai.