Madame Drouart, en voyant Louise se prêter à ses vues, avait été sur le point de lui avouer que c’était une chose arrangée d’avance, que dans huit jours la fille du portier les servirait en qualité de femme de ménage; mais elle fut retenue dans cette confidence à faire précisément par la raison que cette confidence n’était pas déjà faite. Elle craignit que sa fille, surprise qu’on lui eût demandé son avis sur une affaire conclue, ne vint à deviner la cause secrète de cette conduite; et ce que madame Drouart redoutait encore plus que de paraître avoir agi de ruse, c’était d’éveiller les défiances de sa fille sur les résultats que la prudence maternelle lui conseillait d’obtenir.

Afin que Louise ne soupçonnât pas que la nécessité de prendre une femme de ménage avait été motivée par la scène de la veille (la scène de la fenêtre), madame Drouart était résolue à laisser sa fille descendre et monter, aller et venir pendant encore une semaine, comme elle avait coutume de la laisser faire les semaines précédentes.

Elle pensait aussi que l’impression faite sur Louise par la lettre de son père était trop récente et trop vive pour que de long-temps le cœur de la jeune fille fût accessible à des sentimens coupables. En cela, madame Drouart comprenait bien le cœur de son enfant. Nulle autre pensée qu’une pensée chaste et pure n’occupait cette ame toute pleine d’amour filial.

Louise, sans le savoir, n’avait donc plus que huit jours à elle.—Madame Drouart, qui ne l’ignorait point, jugea, avec raison, qu’elle pouvait, sans risques, lui permettre d’employer, à de petites courses dans le voisinage, la dernière semaine de sa liberté.

Dans l’après-midi de ce même jour, Louise, les yeux baissés, le pas rapide, sortit de la rue Saint-Denis pour entrer dans la rue Bourbon-Villeneuve; elle tenait à la main quelques rubans achetés dans une boutique voisine. Cependant un jeune homme fait retentir ses éperons à ses côtés, et Louise ne lève pas la tête.

—Mademoiselle...

Louise marche plus vite et ne répond rien.

Il la saisit par la robe.

—Louise, je vous supplie, écoutez-moi...

—Non, monsieur, dit-elle, en redoublant le pas, et toujours sans lever la tête.