—Si vous ne voulez pas m’entendre, daignez au moins lire cette lettre...
Il lui glissa dans la main un billet amoureux, mais Louise ouvrit les doigts pour le laisser tomber. Les rubans qu’elle tenait dans cette main lui échappèrent en même temps.
Le jeune homme, avec un geste de dépit, déchiqueta rudement, du talon de sa botte, l’épître parfumée qu’avait déjà flétrie la boue. Puis, serrant sous son gilet les rubans qu’il s’était empressé de ramasser d’abord, il dit, d’un ton moitié colère et moitié plaintif:
—Je ne vous ressemble pas, moi, tout ce qui vient de vous m’est précieux; je garderai ces rubans toute ma vie.
—Gardez-les, si cela vous plaît, répondit Louise, en maîtrisant un léger mouvement de joie auquel succéda un gros soupir.
—Louise! Louise! depuis hier comme vous avez changé? Ah! je le vois bien, vous ne m’aimez plus.
Elle continuait son chemin sans dire mot. Lui la côtoyait si près, que son bras touchait le bras de la jeune fille.
—Vous ne m’aimez plus, n’est-ce pas? Mais je suis bien fou! Vous ne m’avez seulement pas aimé une minute, j’en suis sûr! et pourtant, Louise, je voulais vous ouvrir mon cœur; hier, vous le savez, je voulais tout vous dire, les obstacles qui s’opposent... les moyens à prendre pour les surmonter, mes projets de bonheur avec vous, vous, ma Louise! Vous m’aviez promis de descendre, de venir, de m’écouter... Je vous ai attendue vainement, et aujourd’hui, dans la crainte de ne pas vous rencontrer, je vous avais écrit... car j’ai tant de choses à vous dire, tant de choses!
—Monsieur Gustave, répondit Louise avec émotion, je vous prie de me laisser; nous approchons de la maison, tous les voisins me connaissent: vous me compromettriez.
—Mais, quand vous reverrai-je?