—Jamais, monsieur. J’ai déjà trop fait que de vous écouter pendant un an et demi sans en parler à ma mère. Je ne suis plus en pension maintenant; vos motifs ne peuvent plus être les mêmes... S’il est vrai que vos vues soient honorables, vous savez où nous demeurons; ma mère vous répondra. Quant à moi, je ne vous reverrai plus seule.

—Louise, comment pouvez-vous douter?.. Louise, je vous en conjure ne me quittez pas ainsi. Entendez-moi... Ah! vous allez me rendre bien malheureux!

Le cœur de la pauvre fille était gonflé de tristesse; la violence qu’elle s’était faite pour tenir à Gustave un langage presque sévère s’apaisait en ce moment par des larmes.... Elle s’enfuit.

Toutefois, arrivée près de la porte de leur demeure, sur le point d’en franchir le seuil, elle eut assez de courage pour ne pas tourner la tête du côté de Gustave; elle trouva quelque satisfaction dans cette victoire, et comme elle s’en félicitait tout bas, la figure du père Lamarre lui sourit:

—Eh bien, mamzelle Louise, vous allez donc avoir une bonne, la semaine prochaine?

—Mais peut-être bien, monsieur Lamarre; je crois que c’est l’intention de maman.

—Oh! l’intention, mamzelle, l’intention est une chose déjà faite. Vous ne savez donc pas?...

Et là-dessus le père Lamarre se mit à conter comment madame Drouart était venue le trouver dès le matin pour conclure cette affaire.

—Madame votre maman, ajouta-t-il, donne à ma fille huit francs par mois pour faire ses petites commissions et son ménage. Vous ne vous en plaindrez pas, vous, mamzelle Louise, car c’est bien de la peine que cela vous épargne. Mais on dirait que je vous apprends une nouvelle? Oh! c’est sans doute une surprise agréable qu’elle a voulu vous faire, votre chère maman, elle est si bonne!

Louise, très-étonnée que sa mère lui eût présenté comme un projet ce qui était une affaire terminée dès le matin, pressentit la cause et le but de tout ce mystère; elle devint triste, soucieuse, et quand sa mère lui demanda les rubans qu’elle était allée acheter, elle répondit avec une certaine impatience: Je vais vous les donner ces rubans!