Mais tout à coup se souvenant que Gustave ne les lui avait pas rendus, elle rougit, balbutia, et, pour cacher son trouble, elle se mit à son piano.

Ce meuble était posé dans une encoignure de l’appartement, sur la gauche, un peu plus bas que la fenêtre, de façon à ce que Louise, penchant légèrement la tête en arrière, pût aisément voir dans la rue.

Madame Drouart vint s’appuyer au dos de la chaise de sa fille, comme pour entendre les accords de plus près.

Il arriva que Gustave, les yeux levés sur les vitres, approchait alors de sa bouche les rubans ravis à Louise; il espérait à chaque instant qu’elle laisserait tomber un regard sur lui. Au lieu d’elle, c’est sa mère. Il s’éloigne.

Madame Drouart a parfaitement reconnu le jeune homme de la veille; elle a également la certitude que ces rubans de soie rose qu’il baisait tout-à-l’heure, en cherchant leurs fenêtres, sont les rubans mêmes qu’a dû acheter sa fille. Louise les avait-elle perdus, les lui avait-il pris, les lui avait-elle donnés? Tout inquiète qu’elle est, madame Drouart n’ose éclaircir ce fait; d’ailleurs à quoi servirait une explication? Ne sait-elle pas le fatal secret de Louise? et puis, bientôt, toute rencontre entre ces deux jeunes gens ne deviendra-t-elle pas impossible?

Cependant la position du piano contre le mur, à côté de la croisée, lui semble un empêchement à ses projets; mais où reporter ce meuble? La chambre est si étroite! et encore n’est-il pas à craindre que Louise ne devine pour quelle raison sa mère a voulu changer le piano de place?

Un expédient se présente à l’esprit de madame Drouart. C’est cela même, se dit-elle, nous le poserons vis-à-vis de la fenêtre.

Mais elle veut en cela, comme en tout, ne pas avoir l’air de se méfier de sa fille; elle lui en parlera demain ou après, et c’est demain ou après seulement que Louise, son piano déplacé, ne pourra plus être distraite par les scènes de la rue.

En attendant, et sous prétexte de parler à sa mère, qui continue de se tenir debout derrière elle, Louise détourne la tête de temps à autre, mais toujours sur la gauche, du côté de la fenêtre.... Madame Drouart fait semblant de ne pas remarquer ce manége; elle réfléchit et mûrit son plan d’attaque. Louise n’aperçoit rien dans la rue; elle pense qu’elle ne verra sans doute plus Gustave, elle s’afflige de lui avoir parlé rudement, et elle pousse des soupirs. Madame Drouart qui remarque son émotion, s’applaudit des obstacles qu’elle va susciter enfin à ce fol amour, amour qui peut-être se serait éteint de lui-même à la longue, et que les précautions prises pour l’étouffer doivent rendre plus ardent et plus vivace encore.