—Savez-vous si mademoiselle Louise demeure toujours ici?

—Certainement, monsieur, qu’elle y demeure, la chère demoiselle, et avec sa mère encore, la brave et digne femme; deux personnes bien estimables, monsieur!

—On m’avait dit qu’elles étaient déménagées... ou malades.

—Oh! pas plus déménagées que malades, monsieur; c’est-à-dire, malades, entendons-nous. C’est ma fille qui fait leur ménage, et elle m’a conté que ces dames n’ont pas de ces santés... comme vous et moi, par exemple. Cependant, puisque monsieur les connaît, s’il veut monter leur rendre visite, je crois que ça leur fera plaisir; elles voient si peu de monde!

—Ah, elles voient peu de monde?

—Quand je dis peu de monde, c’est une façon de parler, comme monsieur le pense bien; car à cause de leur bureau de timbre, elles ne manquent pas de gens qui viennent toute la journée sonner chez elles; mais ces gens-là ne sont pas des amis, des connaissances; ça vient parce que ça manque de papier timbré, et puis c’est tout.

—Comment donc! elles tiennent un bureau de timbre?

—Sans doute, monsieur, un bureau qui a beaucoup de débit, quoiqu’au troisième étage; il est vrai que les étages de la maison sont coulantes et pas plus hautes que des entresols. Oh! c’est que la maison ici est fort agréable, monsieur!

Gustave laissa le vieux portier vanter de nouveau les avantages de sa maison, et, sans vouloir lui donner le temps de prouver que ses étages étaient les plus coulantes de tous les étages, et ses locataires les plus commodément logés de tous les locataires, il lui glissa dans la main deux autres pièces de cent sous en lui recommandant le secret sur sa visite: Vous ne direz pas à ces dames que je me suis informé d’elles.

—N’ayez pas peur, monsieur, je m’appelle Lamarre, et je n’ai jamais fait de rapports sur personne. Je suis censé ne vous avoir jamais vu; je ne vous connais pas; votre très-humble serviteur. Monsieur repassera-t-il bientôt par ici?