—Je ne sais, mais silence sur tout!

—Monsieur peut être sûr de ma discrétion.

Gustave, sorti de la maison, fut tenté de revenir sur ses pas pour demander au vieux Lamarre laquelle de Louise ou de sa mère tenait le bureau de timbre, mais il lui sembla que ce devait être tantôt l’une et tantôt l’autre. Cette découverte lui rendait facile une entrevue prochaine avec Louise; il s’applaudit du succès de sa démarche et ne se repentit point de n’avoir pas remis au portier, comme il en avait eu le dessein, une lettre à l’adresse de Louise; lettre qui, peut-être, fût tombée entre les mains de la mère et qui eût éloigné, par là, les chances possibles de revoir la fille. Maintenant, pensa-t-il, qu’ai-je à craindre? le bavardage de ce portier. Que m’importe? il ne sait rien, et moi, dès aujourd’hui, si je veux, je puis remettre moi-même un billet doux à Louise.

Cependant le vieux portier ne parlait encore de cette aventure que pour se dire: 40 francs d’étrennes et 20 francs que j’ai reçus du jeune homme: total 60 francs. Avec ça on peut se donner une redingote de bon drap, plus, un vol-au-vent et du vin cacheté pour faire les Rois.

CHAPITRE VII.

Depuis près de deux semaines, mademoiselle Agathe remplit les fonctions de femme de ménage chez madame Drouart; mais c’est depuis dix-huit jours environ que le piano de Louise n’occupe plus l’espace accoutumé entre l’encoignure de la muraille et la fenêtre. Madame Drouart l’a fait enlever de cette place, d’où sa fille, assise, pouvait aisément voir dans la rue. Sous prétexte que la lumière, tombant de côté, est chose fatigante pour les yeux, madame Drouart, non sans peine, non sans faire de grands efforts pour ne pas se trahir, est parvenue à vaincre les résistances de Louise. La lutte a été longue, pénible de part et d’autre; mais enfin la victoire est restée à la mère. A présent le piano posé en face de la fenêtre, et avançant de quatre pieds, vers le milieu de la chambre, ne permet pas à la jeune fille d’apercevoir autre chose que le troisième étage des maisons situées vis-à-vis d’elle.

La rue lui est complètement interdite. Agathe, la fille du portier et leur femme de ménage, la supplée dans tous les petits soins dont elle seule était chargée auparavant. Agathe monte et descend autant de fois qu’il le faut dans la journée sans que jamais Louise ait la joie d’entendre sa mère lui accorder même la permission d’accompagner mademoiselle Agathe au dehors.

Il ne se passe pas de jour où Louise ne se plaigne de la lassitude d’être constamment assise. Mais madame Drouart ne fait pas semblant de la comprendre. Il est vrai, lui dit-elle, que la promenade serait favorable à ta santé, ma fille, mais, où voudrais-tu aller l’hiver, par le temps qu’il fait? Prends patience, mon enfant, l’été prochain nous serons moins sédentaires et je te conduirai moi-même tous les matins sous les arbres des Tuileries.