Peut-être ce billet, ainsi lancé, s’adressait-il aux fenêtres voisines; peut-être encore n’y avait-il qu’une pierre et pas de billet; peut-être même (et ceci est fort croyable), le jeune homme, surpris dans cette occupation par mademoiselle Agathe, n’était-il pas Gustave.

Quoi qu’il en soit, Louise pense à Gustave, et elle rougit. Madame Drouart pense à son jeune homme au manteau, et elle va redoubler de surveillance. Mademoiselle Agathe, qui pense à ses amours, se met à rire.

Dans la soirée, mademoiselle Agathe apprit de son père qu’un jeune homme très-élégant était venu prendre des informations sur madame Drouart et sa fille; elle apprit encore que ce jeune homme avait donné quatre pièces de cent sous au père Lamarre, afin qu’il lui gardât le secret de sa visite. Le lendemain Louise était au courant de cette aventure, et madame Drouart n’en ignorait pas les plus minutieux détails: mademoiselle Agathe avait parlé. Madame Drouart voulut aussi que le vieux portier s’expliquât. Après force excuses, et très-peu d’hésitation, Lamarre convint de tout, excepté d’avoir reçu vingt francs.

Louise, certaine de n’avoir pas été oubliée par Gustave, ne put si bien dissimuler son émotion, sa joie, que madame Drouart n’en conçût des alarmes plus vives encore que par le passé; elle comprit que cet amour était trop profondément entré au cœur de sa fille pour céder à de petites ruses, et, en dépit de ses résolutions premières, elle se décida à l’attaquer en face.

—Ma fille, dit-elle à Louise, il faut bien que je t’interroge puisque tu t’obstines à ne pas prendre ta mère pour confidente... Tu as un secret, tu te caches de moi; à quoi bon? Penses-tu que je n’aie pas lu dans ton ame Louise, mon enfant, veux-tu me répondre avec franchise?

Louise toute troublée n’osait envisager sa mère.

—Regarde-moi, ma fille, et avoue-moi tout: je ne te gronderai pas. J’ai été jeune comme toi; comme à toi l’on m’a dit de ces choses qu’on dit à toutes les femmes de ton âge; je sais combien notre faible sexe est facile à tromper, combien il se laisse aisément aller aux flatteries... Toi, tu es si bonne, ma Louise, si naïve, si confiante, que tu ne peux pas soupçonner le mensonge... Un jeune homme nous voit, il nous fait mille promesses, mille sermens de fidélité et d’amour, et nous, nous, malheureuses femmes, nous sommes quelquefois assez crédules pour nous confier à ces promesses, à cet amour. Ma Louise, je t’en prie...

Et tenant dans ses deux mains les deux mains de sa fille, assise vis-à-vis d’elle, madame Drouart attirait doucement le corps de Louise qui tremblait.

—Ma fille, regarde-moi donc, je t’en conjure... écoute bien: ce ne sont pas des reproches que je veux te faire; tu t’es cachée de moi, je ne m’en souviendrai plus: mais dis-moi seulement, ma Louise, dis-moi son nom, dis-moi où tu l’as vu, dis-moi quel est cet homme, et s’il est vrai que tu l’aimes...

Louise éclata en sanglots.