—Des lettres! il t’écrivait?

—Je t’assure que je ne les lisais pas... beaucoup; je les déchirais presque tout de suite.

Il y avait dans l’attitude de madame Drouart plus de douleur que de colère, moins de colère encore que de surprise.

—Des lettres! reprit-elle, et depuis ta sortie de pension, depuis que tu es chez ta mère, est-ce qu’il a osé t’écrire?

Louise entraînée, sans savoir comment, à faire la confidence de son amour, aurait bien voulu revenir sur ses pas, mais elle s’était trop avancée pour ne pas poursuivre.

—Il m’a écrit, dit-elle d’une voix basse et honteuse, il m’a écrit, mais je n’ai pas voulu recevoir son billet.

—Bien sûr, ma fille?

—Oh! bien sûr, maman!

Le regard de Louise et le ton de ses paroles témoignèrent de sa sincérité. Alors madame Drouart exigea une confession tout entière; elle voulut entrer dans les plus petits détails de cette passion, la prendre à son origine pour ne la quitter que dans ses derniers résultats.

Louise déguisa bien des choses, et cependant madame Drouart fut à peu près instruite de ce qu’elle souhaitait de connaître le plus. Louise lui conta que l’année d’avant sa sortie de la maison royale avait vu le commencement de ses amours avec Gustave; que c’était à une distribution de prix, madame Drouart elle-même présente; que Gustave lui avait fait donner un billet par Constance, qui en riait beaucoup; que bien souvent, lorsque madame Drouart venait la demander au parloir, le dimanche, Gustave se trouvait là avec la mère de Constance; que le hasard seul lui avait fait rencontrer ce jeune homme dans la rue, un mois après être sortie de pension; enfin, qu’elle songeait si peu à faire un mystère de tout cela, que madame Drouart pouvait se souvenir de lui avoir entendu parler, à diverses fois, de son amie Constance et de Gustave son cousin, fils d’un agent de change ou d’un banquier.