Il lui ordonna de conduire ses chevaux le plus doucement possible, au pas. Le cocher obéit. Parvenu au haut de la rue Montmartre, Gustave lui fit signe d’arrêter.

La maison devant laquelle ils se trouvaient avait pour entrée une petite porte bâtarde. Ce n’était pas là la demeure de Gustave, mais il y régalait ses amis, et quelquefois il y logeait ses maîtresses.

Il court prévenir le portier, à qui il donne cinq francs, comme indemnité de son sommeil interrompu, bien que le bonhomme ne dormît pas, car Gustave lui avait expressément recommandé de l’attendre une partie de la nuit. Gustave espérait sans doute rentrer avec une femme; et sans doute cette femme était Louise... On la descendit de voiture. Elle commençait à donner quelques signes d’existence; mais l’engourdissement causé par le froid suspendait encore l’usage de sa raison.

A l’aide de son domestique, qui l’attendait aussi, et du portier, qui souriait en disant que monsieur avait fait faire un peu trop copieusement les Rois à cette demoiselle, Gustave transporta Louise jusqu’au premier étage.

—Déposez-la doucement sur le canapé, prenez garde de lui faire mal... Prosper, dit-il ensuite à son domestique, il faut vite aller chercher le docteur Thévenot. Qu’il se lève et vienne sur-le-champ, entendez-vous? Puis, se tournant vers le portier:—Vous, bassinez ce lit, et de bon matin, sur les six ou sept heures, courez dire à madame Lefebvre qu’on a besoin d’elle ici pour femme de chambre.

CHAPITRE II.

Le lendemain de cet événement, Gustave et son ami le docteur Thévenot causaient bas dans une pièce voisine de l’appartement de la malade. Le docteur, homme de trente-six ans environ, riche, moins occupé de son art que de ses plaisirs, peu croyant en sa médecine, peu croyant en quelque chose que ce soit, accueillait par un sourire légèrement moqueur les protestations de Gustave en ce qui regardait la vertu de Louise.

—Je vous assure, mon cher, disait Gustave, que cette jeune fille est sage dans l’acception la plus complète du mot; si elle est aujourd’hui chez moi, il n’y a rien de sa faute: je ne connais rien de plus pur et de plus innocent qu’elle. Je ne l’ai pas même embrassée deux fois.