—Savez-vous, Gustave, interrompit le docteur, que, par dévouement pour vous, mon ami, je joue là un rôle très-fatigant d’abord, et très-peu moral ensuite? Ce n’est ni un reproche que je me fais, ni un reproche que je veux vous faire; mais le diable m’emporte si de temps en temps je ne me dis pas: J’ai tort de me fourrer là dedans, moi! qu’est-ce que tout cela me fait?

—Ah! Thévenot.... pouvez-vous? moi, votre ami, enfin!

—Il faut que je le sois sérieusement, je vous jure, pour vous tirer d’embarras à ce prix, pour vous empêcher de faire une sottise en vous aidant à tromper cette petite.

—Mais je ne la trompe pas, docteur; je veux la rendre heureuse, au contraire.

—Ma foi, si vous voulez que je vous parle franchement, ce serait un meurtre; elle m’intéresse on ne peut davantage. Ce n’est pas du tout ce que je croyais; je suis presque certain maintenant qu’elle est sage, pleine de bons sentimens... A-t-elle été bien élevée?

—Dans la maison royale de Saint-Denis.

—Oui, je me rappelle... Eh bien! vraiment, si j’étais sûr que vous ne vous en repentissiez pas plus tard, si elle avait une famille présentable, un peu de fortune, quelque chose, je vous dirais: Finissez-en et épousez-la. Mais je vous entends d’ici, une difficulté vous arrête: la connaissance de son caractère. Je sais bien... c’est là le point essentiel pour le bonheur du ménage.

—Sans doute.... son caractère.

—Elle a l’air pourtant d’une assez bonne petite femme.

—On ne se marie pas avec l’air, mon cher ami; il faut connaître le fond, la réalité.