—Oh! vous avez tout le temps pour cela, elle ne s’attend pas à ce que vous l’épousiez demain; on peut trouver mille prétextes pour traîner la conclusion en longueur. Dans l’intervalle, on étudie la femme, on la voit venir.
—Vous ne réfléchissez pas à une chose, mon cher docteur, reprit Gustave avec un léger mouvement d’impatience, c’est qu’aujourd’hui, moins que jamais, je puis connaître le caractère de Louise: toute fille qui songe à se faire épouser déguise avec soin ses défauts: l’ange d’avant le mariage est souvent un démon après.
—Bah! dit le docteur en riant, vous avez trop mauvaise opinion des femmes, elles ne sont pas si diables que vous le croyez. Enfin, ajouta-t-il, prenez que je n’aie rien dit; mais, si cela vous est possible, tâchez de rendre cette petite heureuse, elle mérite vraiment que vous fassiez quelque chose pour elle. Adieu, j’ai acheté des rentes hier, et je m’en vais faire un tour à la Bourse. Je vous reverrai demain.
Gustave, resté seul, pensa que Louise était digne de l’intérêt de tous les hommes, puisque le docteur Thévenot lui-même, qui, de sa vie, ne s’était apitoyé sur les malheurs d’aucune femme, se montrait sensible à la position déplorable de la pauvre fille. Oh! oui, dit-il, je l’aime, et si je ne me marie pas avec elle, du moins n’en épouserai-je jamais une autre; je lui donnerai tout mon bien, je ferai sa fortune.
Le lendemain, Louise, qui allait de mieux en mieux, qui commençait à parler moins souvent de sa mère que de Gustave, laissa percer, dans ses conversations avec le docteur, quelques doutes chagrins relativement à ce qui lui avait été dit sur son futur mariage; car elle n’apercevait autour d’elle que le docteur ou madame Lefebvre: Gustave restait invisible.
Le docteur, la jugeant assez bien portante pour ne souffrir en rien des émotions que produirait en elle une entrevue si long-temps, si secrètement désirée, céda enfin à ses timides sollicitations: Gustave et Louise se trouvèrent en présence.
Nous n’entrerons dans aucun détail des choses qu’ils se dirent alors: c’étaient des paroles mêlées de reproches et de larmes, mêlées de honte et de caresses. Les reproches, ce fut Gustave qui se les fit à haute voix, les larmes, ce fut Louise qui les répandit en silence. Le lecteur peut aisément se figurer la scène. Quant à nous, nous avons hâte de quitter la prétendue maison du docteur, d’en faire sortir nos deux principaux personnages, qui ne l’habitèrent pas plus d’un mois encore.
Mais, avant de quitter le logement de la rue Montmartre, jetons un rapide coup d’œil sur ce qui s’y passa.
Du jour où l’entrevue dont nous venons de parler eut lieu, Louise et Gustave se séparèrent à peine: Louise pleine de confiance dans les promesses de Gustave, Gustave s’inquiétant peu de savoir s’il tiendrait ou ne tiendrait pas ses promesses; Louise n’écoutant plus que son cœur, Gustave n’écoutant que l’amour qui le poussait dans les bras de Louise, tous deux, ils ne tardèrent pas à oublier, l’une cette pudique vertu qui est la seule fortune des jeunes filles, l’autre ces lois d’honneur qui ne veulent pas qu’un homme abuse d’une vierge, parce que l’amour l’a laissée sans défense.
Il est vrai que Louise fut excusable en ce sens qu’elle voyait en Gustave son futur époux.