Nous ne savons s’il conviendrait de faire valoir en faveur de Gustave la même excuse.—Peut-être.
Un scrupule, fondé sur un motif assez louable, avait empêché Gustave d’apprendre à Louise que cet appartement où elle logeait avec madame Lefebvre n’appartenait pas au docteur: il ne voulait pas qu’elle pût accuser celui-ci de l’avoir trompée. Il persista donc à lui dire qu’ils habitaient chez son ami Thévenot, lequel, disait-il, tenait quelques logemens dans cette maison, à la disposition de ses malades.
C’est pourquoi Louise étant parfaitement rétablie, Gustave lui fit observer combien il devenait peu convenable de rester plus long-temps chez le docteur; aussi lui annonça-t-il bientôt et leur changement de domicile, et leur installation prochaine dans un appartement du faubourg Saint-Germain.
Le jour du déménagement venu, tous deux, après avoir remercié le docteur, après l’avoir fortement engagé à leur faire de fréquentes visites, se rendirent rue du Colombier, nº... madame Lefebvre les suivit.
En passant les ponts, Louise, le cœur serré de tristesse, ne put s’empêcher de faire cette réflexion, qu’elle s’en allait demeurer bien loin de la rue et de la maison où était morte sa mère.
CHAPITRE V.
Les parties de campagne, les spectacles, les riches toilettes, c’est avec quoi Gustave essayait de combattre la mélancolie profonde de sa maîtresse; mais en vain l’entourait-il de ce bonheur frivole où se complaisent la plupart des femmes; en vain rehaussait-il sa beauté par l’éclat de la parure; en vain l’entraînait-il au bal, à ces fêtes bruyantes dont Paris est si prodigue, Louise ne paraissait prendre aucun plaisir à tout cela; le plus souvent même, elle refusait obstinément de quitter la chambre, sous prétexte qu’une demoiselle (et elle appuyait sur ce mot, bien qu’il la fît rougir de honte) ne devait pas se montrer en public avec un jeune homme. A cette raison elle en ajoutait une autre, c’est que la mort récente de sa mère lui ordonnait de garder le deuil et la retraite.
Les jours où Louise faisait ces objections, Gustave, avec toutes les apparences de la mauvaise humeur, quittait la chambre pour n’y rentrer que le soir fort tard, et quelquefois même pour n’y rentrer que le lendemain au matin, circonstance qui se présentait rarement, il faut le dire, car, les nuits où Gustave ne revenait pas, Louise les passait à veiller sur une chaise.
Alors, au retour de Gustave, c’étaient de part et d’autre des reproches qui se terminaient toujours par une promesse mutuelle de se rendre heureux, promesse que tous deux cependant ne tardaient pas à oublier, Louise en pleurant aux bras de Gustave, Gustave en s’arrachant des bras de Louise.
Gustave, ainsi que la plupart des hommes, supportait impatiemment que sa maîtresse fût triste; il ne lui avait pas caché combien ses pleurs lui déplaisaient, l’irritaient même; et Louise, tout en se reconnaissant coupable de tristesse, ne pouvait avoir assez d’empire sur elle pour faire éclater une joie qui n’était pas dans son cœur.